Depuis que je suis venue travailler au Costa Rica et que j’y ai trouvé l’amour — au sens propre, avec mon copain, comme au sens figuré, avec ce pays et cette douceur de vivre —, j’avais un objectif en tête : trouver un travail en ligne pour ne plus dépendre d’un lieu physique.
J’en avais marre de ne pas pouvoir rester au Costa Rica autant que je le voulais. J’ai envisagé plusieurs possibilités pour pouvoir y travailler, mais les visas de travail y sont assez strictement encadrés. Et, pour être honnête, ce n’était pas non plus exactement ce que je recherchais. Je ne voulais pas être installée quelque part et me retrouver bloquée lorsque j’aurais envie de rentrer en France pour voir ma famille. Ce que je voulais, c’était pouvoir choisir où vivre, quand partir et comment organiser mes journées. Et surtout, je ne voulais pas être salariée (on y consacrera un article entier, ne vous inquiétez pas).
Bref, prendre cette décision a été plutôt simple. La mettre en pratique, c’était une autre histoire.
Des rêves plein la tête, mais comment en vivre ?
De nos jours, devenir digital nomade, ou même simplement travailler à son compte, est devenu presque tendance. Et je trouve ça super, vraiment ! Je ne suis ni sociologue ni économiste, mais j’ai l’impression que les générations actuelles accordent davantage d’importance à la manière dont elles veulent vivre. Voyager avant d’entrer dans la vie active, prendre quelques mois pour faire du backpack, chercher un métier qui nous plaît ou simplement un rythme de vie qui nous correspond davantage… On dirait qu’on est de plus en plus nombreux à vouloir autre chose que le schéma classique études, CDI, maison, retraite.
Et puis, avec les difficultés que rencontrent certaines personnes pour trouver un emploi, je comprends aussi que l’entrepreneuriat puisse attirer de plus en plus de monde. Pourquoi attendre qu’une entreprise nous donne une opportunité si l’on peut essayer de créer la sienne ?
Le problème, c’est que lorsque beaucoup de personnes ont la même idée, il devient forcément plus difficile de se démarquer. L’offre augmente, la concurrence aussi, et trouver ses premiers clients peut vite devenir compliqué.
Ajoutez à ça le fait que je suis quelqu’un d’assez indécis, et vous comprendrez pourquoi mon parcours n’a pas été exactement linéaire. Pendant deux ou trois ans, j’ai testé beaucoup de choses. J’ai écrit des ebooks, essayé de me lancer comme community manager, postulé à un nombre incalculable d’offres en télétravail, réalisé des missions liées à l’amélioration de l’IA, créé des profils sur Fiverr et Malt, envisagé de devenir travel planner… J’ai prospecté, postulé, revu mon offre environ 200 fois et remis mes choix en question tout autant de fois.
À un moment, je me suis dit que le plus logique serait de proposer mes services comme assistante virtuelle, assistante administrative ou bras droit pour des entrepreneurs. Et là encore, je me suis retrouvée face à des centaines de personnes qui proposaient plus ou moins la même chose. Autant vous dire que la motivation en prenait parfois un coup.
Mais je n’ai pas abandonné. J’ai continué à postuler, à chercher et à tester, jusqu’à décrocher mes premiers clients. Pour ce qui est de mon parcours plus en détail, des différentes pistes que j’ai explorées et de la manière dont j’ai fini par trouver du travail, je vous raconterai tout ça dans un autre article.
Aujourd’hui, j’ai donc atteint l’objectif que je m’étais fixé. Je travaille en ligne, je vis au Costa Rica et je peux organiser mon emploi du temps comme je le souhaite.
Alors, est-ce que je suis heureuse maintenant que j’y suis arrivée ?
Oui… et non.
La liberté géographique, oui. Passer ma vie devant un ordinateur, non.
En fait, je suis une fille de la nature. Globalement, je préfère ramasser du crottin de cheval que rester enfermée devant un ordinateur. (Et je ne dis pas ça pour faire joli, je le pense vraiment.)
Le truc, c’est que ça, ce sont mes projets futurs. Et j’ai appris à faire la différence entre ce dont je rêve et ce qu’il m’est possible de réaliser aujourd’hui.
Mon rêve, c’est effectivement d’avoir un travail en plein air, d’être au contact de la nature et des animaux, de construire quelque chose qui me ressemble. Mais pour ça, il me faut un lieu. Pour avoir un lieu, il me faut de l’argent, mais aussi savoir dans quel pays j’ai envie de m’installer. Et pour économiser et faire des choix aussi importants, il faut travailler… tout en continuant à vivre, à découvrir et à expérimenter.
Parce qu’en réalité, comment savoir où l’on veut passer le reste de sa vie si l’on ne prend jamais le temps de découvrir d’autres endroits, d’autres modes de vie et d’autres possibilités ?
À ce moment-là, ma situation était assez simple : je voulais commencer à économiser, mais je ne voulais pas m’enfermer dans un CDI à Lyon en attendant vingt ans d’avoir suffisamment d’argent pour réaliser mes projets. Je ne savais pas encore exactement où je voulais vivre à long terme, ni quelle forme prendrait mon futur métier. En revanche, je savais ce dont j’avais besoin dans l’immédiat : un travail qui me permette d’être libre géographiquement et financièrement indépendante.
Et ça, j’ai réussi à le faire.
J’avoue que j’en suis plutôt fière. Pendant tout ce temps où je testais des choses, changeais de direction, galérais et cherchais ma voie, certaines personnes ont probablement dû se demander où j’allais avec toutes mes idées. Peut-être même que certaines pensaient que je perdais mon temps à poursuivre des projets un peu irréalistes.
Finalement, non. J’ai tâtonné, j’ai essayé plein de choses qui n’ont pas fonctionné, j’ai parfois eu l’impression de tourner en rond, mais j’ai fini par trouver une solution qui fonctionne pour moi aujourd’hui. Et ça, je trouve que c’est important de le reconnaître.
Alors oui, je ne gagne pas des mille et des cents. Je ne suis pas devenue riche en travaillant trois heures par semaine depuis une plage paradisiaque, comme certaines vidéos sur Instagram pourraient nous le laisser croire. Mais je gagne suffisamment pour payer mes factures et être indépendante. Et surtout, j’ai réussi à construire un mode de vie qui me convient.
Être à son compte, ce n’est pas forcément le rêve vendu sur Internet
Évidemment, être freelance a aussi ses inconvénients. L’instabilité, notamment. Un client peut arrêter de travailler avec nous demain, dans six mois ou ne jamais le faire. On ne sait pas toujours de quoi les prochains mois seront faits, et il faut apprendre à vivre avec cette incertitude.
Il y a aussi toute la partie moins amusante du métier : la facturation, l’administratif (franchement, quelle galère), la recherche de clients, les relances, l’apprentissage constant de nouvelles compétences, les réflexions pour trouver de nouvelles idées et développer son activité. Quand on est à son compte, on est un peu obligé de toucher à tout. On apprend sur le tas, on devient multifonction, on se retrouve à gérer plusieurs sujets en même temps et on est régulièrement challengé.
Je pense d’ailleurs que la charge mentale peut être plus importante que dans certains emplois salariés, parce qu’on doit penser à beaucoup de choses qui dépassent le travail qu’on réalise concrètement pour ses clients. Il faut aussi anticiper, gérer les imprévus et se demander constamment comment faire évoluer son activité. Ce n’est pas une critique du salariat, simplement une réalité différente.
Et pourtant, malgré tout ça, j’aime beaucoup cette façon de travailler.
J’aime le fait de pouvoir choisir mes projets, de chercher constamment de nouvelles opportunités, d’imaginer des idées pour améliorer mon quotidien ou gagner davantage. J’aime pouvoir décider de la direction que je veux donner à mon activité, même si je n’ai pas toujours toutes les réponses et que je change parfois d’avis en cours de route.
J’aime aussi cette impression de construire quelque chose pour moi. Bien sûr, je travaille pour des clients, je réponds à leurs besoins et je dois respecter des engagements. Mais derrière tout ça, je construis mon indépendance, je développe mes compétences et je me rapproche progressivement de la vie que j’ai envie de mener.
Et ça change beaucoup de choses dans ma manière de percevoir le travail. J’ai l’impression que ma vie a davantage de sens qu’à l’époque où j’étais en CDI. Pas parce que le salariat serait moins bien, ni parce que les personnes salariées seraient moins libres ou moins heureuses. Ce mode de vie correspond à beaucoup de gens, et heureusement ! Mais personnellement, j’ai besoin de sentir que je peux choisir, décider, essayer, me tromper et recommencer.
Même galérer, parfois. (Oui, oui, je sais, c’est un peu bizarre de dire ça.)
Mais quand je rencontre une difficulté aujourd’hui, j’ai au moins le sentiment qu’elle s’inscrit dans quelque chose que j’ai choisi de construire. Je ne subis pas forcément moins de contraintes, mais je les accepte plus facilement parce que je comprends pourquoi je les assume et ce qu’elles me permettent de faire.
Et maintenant, on fait quoi ?
Je crois que c’est là où j’en suis aujourd’hui : je suis contente d’avoir atteint mon objectif, mais je sais que ce n’est qu’une étape.
Je ne veux pas nécessairement passer les vingt prochaines années devant un ordinateur. Ce n’est pas le métier de mes rêves, et je n’ai jamais imaginé que devenir digital nomade serait une fin en soi. Ce que je voulais, au fond, c’était retrouver une forme de liberté : pouvoir vivre dans un pays qui me plaît, passer du temps avec les personnes que j’aime, rentrer voir ma famille quand j’en ai envie et ne pas être obligée de choisir un seul endroit où construire toute ma vie.
Aujourd’hui, mon travail me permet de faire tout ça. Il me permet aussi d’économiser, d’expérimenter, de réfléchir à mes projets futurs et de me donner les moyens de les réaliser progressivement. Je ne sais pas encore exactement à quoi ressemblera la suite, mais je n’ai plus besoin de tout résoudre immédiatement. Je peux avancer étape par étape, apprendre en chemin et laisser certaines réponses venir avec le temps.
Et finalement, je trouve ça assez rassurant de réaliser qu’on n’est pas obligé de trouver tout de suite le métier qu’on voudra exercer jusqu’à la fin de sa vie. On peut aussi construire une situation qui nous convient aujourd’hui, même si elle ne correspond pas exactement à notre vision du futur. Une étape n’a pas besoin d’être définitive pour être utile.
Alors, est-ce que je suis heureuse d’être devenue digital nomade ? Oui. Même si mon quotidien ne ressemble pas toujours aux images de rêve qu’on associe à ce mode de vie, même si je passe encore beaucoup de temps devant mon ordinateur et même si je sais que je ferai probablement autre chose plus tard.
Parce qu’aujourd’hui, je peux vivre au Costa Rica tout en travaillant en ligne, organiser mes journées comme je le souhaite et construire petit à petit la vie dont j’ai envie. Et pour l’instant, c’est exactement ce dont j’avais besoin.
La suite, on verra bien. Mais au moins, cette fois, j’ai la liberté de la choisir.




